Cette première étape du Tour de Romandie 2026 marque la 12ème arrivée d’étape en ville de Martigny. Régulièrement traversée par la caravane de la boucle romande, la cité octodurienne est aussi une étape traditionnelle qui a couronné nombre de grands champions. Quatre coureurs vainqueurs en Octodure ont également porté le maillot arc-en-ciel de champion du monde : Louison Bobet, André Darrigade, Mario Cipollini et Peter Sagan, dernier vainqueur en date à Martigny.

À l’occasion de cette étape 2026, nous profitons de feuilleter l’album souvenir des arrêts martignerains du Tour de Romandie.

1952, Wagtmans devance Fausto Coppi sur l’Avenue de la Gare

Si la première édition du Tour de Romandie est organisée en 1947, pour fêter les 50 ans de l’Union Cycliste Suisse (la fédération romande, séparée du SRB alémanique jusqu’en 1996), il faut attendre la 6ème édition pour un arrêt de la caravane à Martigny.

La première étape de l’édition 1952 relie Payerne à Martigny, avec notamment la montée sur Villars dans le final. Échappé en solitaire dès le passage à Vevey, le Néerlandais Wout Wagtmans résiste à un peloton qui compte pourtant des coureurs comme Fausto Coppi ou Hugo Koblet, vainqueur sortant du Tour de France. Sur une Avenue de la Gare richement décorée, Wagtmans s’impose avec 1’56 » d’avance sur un groupe de 9 coureurs dont le sprint est réglé par Fausto Coppi devant l’Alémanique Fritz Schaer. Carlo Clerici est 8ème et Hugo Koblet 9ème. Wagtmans confirmera les jours suivants et remportera cette 6ème édition de la boucle romande.

À Martigny, le comité d’organisation, emmené par Pierre Crettex et Roger Bollenrucher, a mis les petits plats dans les grands pour cette première arrivée octodurienne du Tour de Romandie  : après l’étape un grand bal est organisé au Casino Étoile. Le lendemain, Martigny accueille le départ de la 2ème étape, en direction de Genève, qui sera remportée par le gregario de Coppi Andrea Carrea.

Wout Wagtmans enfile le maillot vert de leader après sa victoire à Martigny

1953, l’étape pour Louison Bobet, le général pour Hugo Koblet

Une année après avoir accueilli le Tour de Romandie pour la première fois, Martigny retrouve l’épreuve en 1953 en accueillant le départ de la première étape (en direction de Porrentruy) et l’arrivée finale après une dernière étape partie de Morat.

La première étape, lancée de Martigny, voit Hugo Koblet s’imposer devant son rival zurichois Ferdy Kübler. La dernière étape, dont l’arrivée sera à nouveau jugée sur l’Avenue de la Gare offre un podium de légende : le Français Louison Bobet s’impose devant l’Italien Gino Bartali et le Suisse Hugo Koblet, excusez du peu ! Entre Morat et Martigny, c’est une échappée royale qui se dessine dans la montée vers Villars : Bartali, Koblet, Clerici, Bobet et Fornara. Le Breton Louison Bobet se démène pour ravir la 4ème place du classement général à Kübler. À Martigny, c’est un accueil euphorique qui attend les coureurs : « Quel succès ! », résume le journaliste du Nouvelliste E. Uldry, « nos amis vaudois et genevois en sont stupéfaits ! À Martigny c’est la toute grande affluence, l’Avenue de la Gare est noire de monde ». Au sprint, lancé par Fornara, c’est Bobet qui s’impose d’un cheveu devant Bartali alors que Koblet, 3ème de l’étape, remporte le classement général final en Octodure.

Hugo Koblet, vainqueur final à Martigny (Keystone)

1957, deux vainqueurs français en une journée !

Le 11 mai 1957, Martigny accueille le Tour de Romandie pour une double journée : d’abord une demi-étape Genève-Martigny, remportée par le sprinter français André Darrigade, avant une seconde partie d’étape contre-la-montre qui voit s’imposer son compatriote Jean Forestier.

En ouverture de journée, donc, une première demi-étape Genève-Martigny, promise aux sprinters. Sur l’Avenue de la Gare c’est justement l’un des meilleurs sprinters de l’époque qui inscrit son nom au livre d’or octodurien du Tour de Romandie : André Darrigade devance le Suisse Erwin Schweizer. L’après-midi de ce même 11 mai, Martigny accueille pour la première fois un contre-la-montre du Tour de Romandie. Au menu, une boucle d’un peu moins de 37 kilomètres passant par Fully, Saillon, Leytron, la montée sur Chamoson, puis descente vers St-Pierre-de-Clages, Riddes et le retour, face au vent vers Martigny. Jean Forestier s’impose en 53’53 » avec 15 secondes d’avance sur l’Italien Guido Carlesi et 51 secondes d’avance sur Hugo Koblet.

Le dimanche 12 mai, Martigny accueille le départ de la dernière étape en direction de Genève.

André Darrigade succède à Bobet au palmarès octodurien du Tour de Romandie (Keystone)

1959, enfin un vainqueur helvétique en Octodure !

Deux ans plus tard, le 7 mais 1959, Martigny se retrouve à nouveau sur la carte du Tour de Romandie à l’occasion de la seconde demi-étape de la première journée. Après un contre-la-montre matinal à Fribourg, le peloton vit sa première étape en ligne entre Fribourg et Martigny. Une « demi-étape » de tout de même 152 kilomètres qui vit les Suisses Kurt Gimmi et Alcide Vaucher s’échapper dès l’Etivaz, pied du Col des Mosses. Un temps décramponner dans le col, Vaucher profite de la longue descente vers Aigle pour revenir sur Gimmi. C’est finalement la « bosse » de La Rasse qui sera le juge de paix de cette étape. Gimmi s’en va seul devant une foule considérable et s’impose en solitaire à Martigny. Deuxième, Vaucher s’empare du maillot vert de leader alors que le sprint du peloton est réglé par l’Italien Angelo Conterno à 1’46 » de Gimmi. 

Dans les colonnes du Nouvelliste, on souligne, encore une fois, la grande foule présente sur l’Avenue de la Gare malgré, souligne-t-on, la concurrence de même jour d’un combat de reine organisé à Fully devant 7000 spectateurs ! Le journal relate également l’effervescence qui s’est emparée de la poste octodurienne, prise d’assaut par les journalistes de différents pays pour envoyer par télégramme leurs résumés de cette journée. 

 

1962, Bahamontès battu au sprint !

En 1962, le Tour de Romandie s’élance de Genève pour une première demi-étape en direction de Martigny avant une explication montagneuse, en deuxième partie de journée entre Martigny et Montana. Le premier tronçon ne donne pas lieu à une grande bagarre avant Saint-Maurice. Une fois encore, la montée de La Rasse sera le détonateur de la course : l’Aigle de Tolède Federico Bahamontès passe à l’attaque et franchi le premier GPM de cette édition 1962 en tête. Dans la descente vers Évionnaz, l’Espagnol se détache en compagnie du Français Édouard Delberghe.Massignan, Fallarini et Lutz les rejoignent rapidement et un mano à mano entre ces 5 hommes et le peloton s’engage jusqu’à Martigny. Les fuyards résistent au retour du groupe principale et Delberghe s’impose au sprint devant Bahamontès. Marino Fontalla règle le srpint du peloton qui échoue à 10 secondes des échappés.

L’après-midi, le Tour de Romandie quitte Martigny en direction de Montana-Vermala. 

Dellberghe s’impose devant Bahamontès (Médiathèque Valais, Philippe Schmidt). 

1965, encore une victoire française avec Jean Milesi

En 1965, le Tour de Romandie est de retour à Martigny pour une première journée qui reprend le même programme qu’en 1962 : une demi-étape Genève-Martigny avant un second tronçon montagneux vers Montana.

Bis repetita aussi au niveau du scénario de la course entre Genève et Martigny. Sans grande difficulté, l’étape ne connait pas de grand mouvement avant l’arrivée et Valais et la montée de La Rasse qui, pour la troisième fois, sera décisive. Le Français Jean Milesi s’échappe en solitaire et profite du marquage entre les favoris pour venir chercher à Martigny la plus probante victoire de sa carrière. 9 secondes derrière le coureur de Dignes-les-Bains, son compatriote Jacques Bachelot est deuxième alors que la troisième place revient au futur vainqueur du Tour de France 65, l’Italien Felice Gimondi.

Cette première étape du Tour de Romandie 1965 marque la fin d’un cycle pour l’histoire du Tour de Romandie à Martigny. Il faudra patienter 16 ans jusqu’au prochain arrêt de la boucle romande en Octodure et elle est la dernière à se conclure dans le quartier de la gare. 

Jean Milesi, vainqueur de la première demi-étape à Martigny.

1981, un Suédois pour les 50 ans du VC Excelsior

On l’a dit, après 1965, il faudra patienter 16 ans pour retrouver une arrivée du Tour de Romandie à Martigny. En 1981, le VC Excelsior fête son 50ème anniversaire et concote un programme alléchant. Un comité ad hoc est mis en place sous la présidence d’un certain Pascal Couchepin. Au menu notamment, une soirée au CERM le vendredi 8 mai vant l’arrivée de la 4ème étape le samedi 8 mai. Une étape 100% valaisanne avec départ à Anzère et arrivée sur la toute nouvelle piste cendrée du Stade d’Octodure. Longue de seulement 121 kilomètres l’étape se veut nerveuse et propice aux attaques avec 3 ascensions vers Crans-Montana, le Col des Planches et l’ancienne route de la Forclaz jusqu’à la bifurcation pour Ravoire. La bataille pour la victoire démarre dès le pied du Col des Planches avec une première attaque du Suisse Roland Salm qui sera rattrapé puis dépassé par le Suédois Alf Sägersall qui passe en tête à Chemin-Dessus puis au Col des Planches. Malgré les effort du Suisse Godi Schmutz, Sägersall ne sera jamais revu et il s’impose à Martigny. Godi Schmutz est deuxième à 1’57 » et Tommy Primm 3ème. 

1981, c’est l’année des Suédois sur le Tour de Romandie. Le classement général sera remporté par Tommy Primm après une dernière étape entre Martigny et Vernier (GE). 

Après cette étape feu d’artifice autour de Martigny, il faudra à nouveau attendre 15 ans pour retrouver le Tour de Romandie en Octodure.  

Archives RTS : résumé en vidéo de cette étape du Tour de Romandie 1981

 

Le Suédois Alf Sägersall, vainqueur en solitaire sur la piste cendrée du Stade d’Octodure (Archives du Nouvelliste). 

1996, Mario Cipollini sous le déluge 

Après une nouvelle attente de 15 ans, le Tour de Romandie fait, à nouveau, halte à Martigny pour son édition 1996. Une arrivée qui n’est pas sans défrayer la chronique. Obtenue par une grande enseigne de la place, l’organisation de l’étape doit être reprise au pied levé en début d’année par le VC Excelsior suite au désistement de cette grande enseigne. Le président Paul Resenterra et son comité reprennent donc en catastrophe l’organisation en mars, à moins de deux mois de l’étape. Résultat pour le Tour de Romandie, une perte sèche de 50’000 francs, les frais d’étape, abandonné par le parrain initial, n’étant pas facturé au VCE.

Sportivement, cette étape relie Bulle à Martigny et, sur le papier, semble promise aux sprinters. Sous un véritable déluge, le pronostic s’avère juste et c’est le sprinter toscan Mario Cipollini qui lève les bras sur la Route du Levant. Le Suisse Niki Aebersold avait été le grand animateur de l’étape avec une échappée solitaire. Rien à faire toutefois pour lui, seule face au vent et à la pluie dans le final, face aux équipes des sprinters. Cipo s’impose devant le Tchèque Jan Svorada et un autre Italien, Mario Traversoni. 

Mario Cipollini vainqueur sous le déluge à Martigny (Keystone)

2011, le prologue pour Castroviejo

Il faut à nouveau attendre 15 ans pour une nouvelle étape du Tour de Romandie à Martigny. À l’occasion de son 80ème anniversaire, le VC Excelsior obtient l’organisation du prologue. Un tracé nerveux est imaginé par Alexandre Debons avec départ au sommet de la Place Centrale, montée et descente de l’Avenue du Gd-St-Bernard avant de bifurquer en direction de la Fondation Gianadda et d’arriver sur la Place Centrale via les pavé du « Coin de la Ville » autour de l’église paroissiale ou le VCE accueillera ses VIP. 

Un tracé qui permet à l’Espagnol Jonathan Castroviejo de s’emparer du premier maillot jaune à plus de 57 Km/h de moyenne sur les 3,5 km du parcours. L’Amricain Taylor Phinney est 2ème et l’Australie Leigh Howard 3ème. 

Dirigé par Nicolas Voide, le comité d’organisation ad hoc de cette étape sera à l’origine d’un dynamisme nouveau pour le VCE et le cyclisme valaisan avec la Cyclosportives des Vins du Valais, les Championnats de Suisse Martigny 2016 puis les Championnats du monde Aigle-Martigny 2020. 

Archives RTS : L’émission « Un Ptit Tour chez vous » consacrée au Tour de Romandie 2011 à Martigny

L’Espagnol Jonathan Castroviejo remporte le prologue de Martigny (Marcel Combremont)

2021, Peter Sagan empereur d’Octodure 

En 2020, dans le prolongement de la dynamique née de l’oragnisation du prologue de 2011, les championnats du monde sur route auraient du se tenir entre Aigle et Martigny. En collaboration avec le Tour de Romandie et Richard Chassot, il est décidé d’organiser une répétition général en mai avec une étape Aigle-Martigny sur le Tour de Romandie afin de tester le parcours des futurs mondiaux. Comme en 1981, la « petite Forclaz »  est donc au menu… mais voilà, la pandémie de COVID 19 en décide autrement : le Tour de Romandie est la première victime, annulé qu’il est, puis les mondiaux suivront avec une annulation annoncée en fin d’été.

L’étape Aigle-Martigny sera finalement au programme de l’édition 2021, mais non pas sur le parcours prévu pour les mondiaux, les aménagements nécessaires n’ayant pas été fait en raison de l’annulation de l’évènement, mais sur un tracé proche de celui du GP Berra Immobilier, la course nationale du VC Excelsior. Au programme après le départ d’Aigle, une boucle dans la région entre Saillon et Ardon, via Produit et Chamoson, puis le retour sur Martigny où l’arrivée est jugée, commen en 1996, sur la Route du Levant. Malgré les asencions de La Rasse, une fois, puis de Produit et Chamoson à quatre reprises, c’est un nouveau sprint massif qui se joue à Martigny et qui sacre le Slovaque Peter Sagan, devant l’Italien Sonny Colbrelli et le Néo-Zélandais Patrick Bevin.

Peter Sagan, le 4ème champion du monde à s’imposer à Martigny (Tour de Romandie)